Rosalie

En septembre dernier, j'avais eu la chance d'assister à une projection du film Rosalie lors d’un festival. Ce film m'avait bouleversée. Je me suis donc précipitée pour le revoir le jour de sa sortie à Autun. Ce soir, j’ai la chance de le projeter dans le cinéma de mon village, à Anost. Parfois, mes émotions m'entraînent au-delà de mon analyse, alors Rosalie est-il un si bon film ?

Si vous me lisez, vous ne serez pas étonnés d’apprendre que je suis bénévole au cinéma associatif d’Anost, cinéma qui existe depuis presque 100 ans. Un vrai cinéma avec système de projection numérique, un bel écran, un bel écrin pour faire vivre le cinéma au milieu de notre forêt morvandelle !

Le cinéma est une passion et une source d’inspiration. En tant que photographe de mariage, je m’inspire beaucoup de la manière dont certains filment l’amour au cinéma. L’amour n’est, paradoxalement, pas si courant, dans les bons films, et je suis rarement émue par la façon dont il est exprimé. Mais avec Rosalie…

Rosalie, c'est l'histoire d'une femme à barbe qui épouse contre dot, un homme qui ignore sa "tâche" ( à l'époque, fin XIXème, un mariage doté plus que de raison compense une « tâche », souvent un enfant hors mariage). Rosalie veut être aimée, mais Rosalie a des poils !

Sujet étrange et banal. C'est là la grande force du film, au-delà de l'imaginaire des monstres de foire, intelligemment évoqué, ce film tend à l'universel. Cette femme qui n'a d'autres choix que de passer par l'affirmation d'elle-même, de porter sa barbe, pour construire la vie qu'elle souhaite, cet homme fragile et désarmé qui entre dans la vie de Rosalie un fusil à la main.

Ce couple combat contre leurs corps, et s'expriment à fleur de peaux, poilue pour l'une, cicatrisée pour l'autre. Ces corps qui font souffrir en éloignant du corps social, qui font souffrir sous le joug de la douleur, et corps qui font souffrir quand ils n'obéissent pas à nos désirs.

La forêt devient alors le refuge et le révélateur. L’endroit où Rosalie baisse enfin les armes, où elle trouve la liberté et le réconfort, au travers de plantes médicinales, de l’eau de la rivière, et de la lumière onirique des bois.

La lumière est d’ailleurs l’un des aspects du film qui m’a le plus bouleversé, je suis photographe, on ne se refait pas ! La photographie du film est la fois douce et froide, ne se réchauffant que sous l’effet de contre-jour lumineux, comme si l’on ne pouvait se réchauffer qu’en acceptant le contre. Contre la douleur, contre la société hiérarchisée et meurtrie, contre la fatalité. Un vrai bonheur.

Certains critiques notent une réalisation trop classique en dissonance avec un personnage de femme trop "moderne". C'est oublier que les femmes du XIXème ont pu, parfois, porter une affirmation de soi. Le féminisme ne date pas de Me Too. Quand au classicisme, quel bonheur de voir une réalisatrice qui sait filmer des visages, des corps, des douleurs, des bonheurs, une réalisatrice qui assume entièrement l'histoire qu'elle porte parce qu'elle a quelques chose à dire ! Enfin un film qui ne s'excuse pas d'être narratif, lyrique et romantique !

À de titre le dernier plan du film me bouleverse et éveille en moi une multitude de références et d’émotions, proche de la perfection romantique de la leçon de piano.

Quand au jeu des acteurs, c'est époustouflant. On retrouve un Benoît Magimel dans ce qu'il a de plus beau, une fragilité puissante. Nadia Tereszkiewicz nous attrape par son regard et porte sa barbe avec un tel naturel, une telle féminité, que l'on a parfois le vertige : tout ce drame pour quelques poils ?


Rosalie, de Stéphanie Di Giusto avec Nadia Tereszkiewicz et Benoît Magimel au cinéma d’Anost, vendredi 24 mai à 20h30 et lundi 27 mai à 20h30.


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